Chaque mois de novembre, des moustaches fleurissent sur les visages masculins. Derrière ce clin d’œil, le mouvement Movember invite les hommes à s’intéresser à leur santé, et en particulier à la prostate. Le sujet reste pourtant peu abordé. Par pudeur, par crainte de l’examen ou simplement parce que tout va bien, beaucoup d’hommes n’en parlent jamais à leur médecin. Passé 50 ans, il vaut mieux connaître quelques notions essentielles, pour savoir quoi surveiller et quelles questions poser.
La prostate, une glande qui change avec l’âge
La prostate est une petite glande située sous la vessie, autour du canal qui évacue l’urine. Elle produit une partie du liquide séminal. Avec les années, elle a tendance à grossir chez la plupart des hommes.
Cette augmentation de volume, appelée hypertrophie bénigne de la prostate ou adénome, est très fréquente après 50 ans. Elle n’a rien à voir avec un cancer. En comprimant le canal urinaire, elle provoque des troubles bien connus :
- Des envies d’uriner plus fréquentes, surtout la nuit,
- Un jet faible ou qui démarre difficilement,
- L’impression de ne pas avoir complètement vidé sa vessie,
- Des envies pressantes, difficiles à retenir.
Ces symptômes ne doivent pas être banalisés. Ils peuvent altérer le sommeil et la qualité de vie, et des traitements efficaces existent. Ils méritent donc une consultation, même s’ils sont le plus souvent bénins.
Le cancer de la prostate, discret au début
Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme en France. Il évolue souvent lentement, et à un stade précoce il ne provoque en général aucun symptôme. Les troubles urinaires décrits plus haut sont bien plus souvent liés à un adénome. C’est pourquoi on ne peut pas compter sur les sensations pour le détecter tôt.
Trois facteurs augmentent le risque :
- L’âge, le risque croissant nettement après 50 ans,
- Les antécédents familiaux, avec un père ou un frère touché, surtout à un âge jeune,
- Une origine africaine ou antillaise.
Il n’existe pas en France de dépistage organisé du cancer de la prostate, contrairement aux cancers du sein ou colorectal. Le dosage du PSA, une protéine mesurée par une simple prise de sang, peut toutefois être proposé de façon individuelle. Ce test a ses limites. Un PSA élevé ne signifie pas forcément cancer, et il peut conduire à découvrir des tumeurs qui n’auraient jamais posé de problème. La décision de le faire se prend donc avec son médecin, en pesant les bénéfices et les inconvénients selon son âge et ses facteurs de risque. Le médecin peut aussi pratiquer un toucher rectal pour palper la glande.
Des traitements adaptés à chaque situation
Quand un cancer est diagnostiqué, la prise en charge dépend de son agressivité, de son extension, de l’âge et de l’état de santé du patient. La décision est prise en réunion de concertation pluridisciplinaire, qui réunit urologues, oncologues et radiothérapeutes. Plusieurs options existent.
- La surveillance active. Pour les tumeurs peu agressives, on ne traite pas tout de suite. On contrôle régulièrement l’évolution par des dosages de PSA, des IRM et parfois des biopsies, et l’on intervient seulement si le cancer progresse.
- La chirurgie. La prostatectomie consiste à retirer la prostate.
- La radiothérapie. Elle détruit les cellules cancéreuses grâce à des rayons, sans ouvrir. La radiothérapie de la prostate se fait le plus souvent en externe, avec des séances courtes et indolores réparties sur plusieurs semaines. Les techniques modernes ciblent la glande avec une grande précision, ce qui permet de mieux épargner la vessie et le rectum et de réduire, dans certains cas, le nombre de séances.
- La curiethérapie. Des sources radioactives sont placées directement dans la prostate.
- L’hormonothérapie. Elle prive les cellules cancéreuses des hormones masculines qui stimulent leur croissance, souvent en complément de la radiothérapie.
Chaque traitement a ses effets secondaires possibles, urinaires, digestifs ou sexuels. Ils varient selon la technique et le patient, et doivent être discutés avant de choisir.
Novembre, le bon moment pour en parler
La prostate n’est pas un sujet honteux, et la plupart des troubles qui la touchent sont bénins. Le cancer de la prostate, lui, se soigne d’autant mieux qu’il est découvert tôt. Profiter de Movember pour poser la question à son médecin traitant, évoquer ses antécédents familiaux ou signaler un trouble urinaire ne prend que quelques minutes. Et si la moustache vous tente, c’est aussi une bonne façon d’ouvrir la discussion autour de vous.

